14h25, après une bonne heure et demie d'un long trajet avec de nombreuses correspondances dans le réseau tentaculaire de transport en commun de Paris, nous arrivons à l'adresse indiquée. Pas moyen de se tromper : le nom de la société - Dubbing Brothers - est inscrit en grandes lettres noires sur le mur jouxtant un massif portail de fer noir.

Je sonne à l'interphone et la porte nous est ouverte sans que l'on ait besoin de s'annoncer, ce que nous aurons tout loisir de faire un peu plus loin. Nous arrivons dans une cour avec quelques arbustes, chaises et tables : un bon petit coin pour prendre l'air entre deux prises. L'entrée à proprement dite du site est une grande arche de verre dans un mur de brique rouge derrière laquelle on peut apercevoir l'accueil.

Une fois présenté à l'accueil, on nous annonce qu'il faudra patienter encore quelques minutes avant de pouvoir pénétrer dans le studio 6, la séance ne commençant qu'à partir de 14h30. Direction donc la porte du studio 6, rassuré d'être à l'heure et d'éviter ainsi de les déranger en plein travail.

Nous nous avançons dans le long couloir sur les murs duquel alternent les portes donnant sur les différents studios et les affiches de certains des films ayant été doublé par cette société, tel que "Gran Torino" de Clint Eastwood ou "Là-haut", le dernier Pixar qui sortira cet été et dont nous aurons l'occasion de parler un peu plus tard.

S'y trouve également des "alcôves" aux murs arrondis à l'intérieur desquelles de confortables canapés de cuir permettent aux acteurs, ingénieurs du son et visiteurs de patienter confortablement. Notre destination, le studio 6, se trouve juste à côté de l'une d'entre elles et un certain nombre de personnes s'y trouvent déjà : deux petites filles avec leur mère, un jeune garçon et son père ainsi qu'une dernière personne que je suppose rapidement être José Luccioni, le directeur de plateau, la personne m'ayant invité à assister à cette séance de doublage.

L'heure de se mettre au travail arrivant, il fait entrer tout ce petit monde dans le studio. Nous profitons du fait qu'il entre en dernier pour nous présenter à lui. J'étais un peu intimidé à l'idée de rencontrer ce grand nom, que ce soit par les adaptation françaises qu'il a dirigée ou par son rôle de "voix française d'Al Pacino", mais ce premier contact directe se déroule sans problème.

Il nous apprend que la journée risque de ne pas être passionnante : nous sommes samedi après-midi, il n'y aura donc que des enfants. Ayant école le reste de la semaine, c'est en effet l'un des seuls jours où ils peuvent venir. Ce n'est pas réellement un problème pour nous, nous sommes surtout venu pour découvrir comment ça se passe, et c'est un personnage principal d'un épisode qui obtient sa voix française aujourd'hui.

Après un sas permettant d'insonoriser les lieux, nous entrons enfin dans le studio à proprement parler : une grande salle, assez haute de plafond pour accueillir un grand écran de cinéma. Un immense pupitre plein de boutons trône au milieu de cette pièce, véritable centre de contrôle.

La salle contient deux endroits pour enregistrer. Le premier est tout ce qu'il y a de plus normal : un micro situé derrière une barre à laquelle s'appuie les comédiens, leur permettant d'être à bonne distance. C'est ici que toutes les scènes se déroulant en intérieur sont enregistrées. Le second est une sorte de petite cabane recouverte de tissus et étant réservée aux scènes en extérieur. Elle permet en effet d'éviter les échos et effet sonores qu'il peut y avoir dans la salle principale et d'obtenir naturellement un son proche de celui que l'on aurait eu en tournant en extérieur.

On trouve également une télé derrière chaque micro pour leur permettre de voir l'image et leur texte de façon net. La vidéo n'étant pas toujours en très haute qualité, elle est légèrement trouble sur le grand écran et peut vite faire mal aux yeux, surtout quand on doit suivre le texte qui s'y affiche.

Une barre verticale est positionnée sous l'écran, sur laquelle s'allume une lumière rouge : silence, on tourne. Elle permet surtout aux comédiens de savoir quand on les enregistre. Il leur arrive en effet de devoir refaire une seule phrase d'une prise, et pas forcément tout le texte. Cet indicateur leur permet de savoir à quel moment ils sont enregistrés.

La séance commence. Nous découvrons leur manière de travailler avec la scène de l'épisode pilote où les trois compagnons dînent chez Chase. Les deux fillettes sont venues jouer ses filles, principalement des rires d'enfants et un chuchotement qui place les deux héros dans une situation un peu délicate : « Dis maman, ils sont mariés ? ».

La scène est passé une première fois en version originale pour permettre aux acteurs de découvrir la scène, d'écouter le ton utilisé et de voir à quel moment ils devront intervenir. Elle est passée une seconde fois pour qu'ils puissent s'imprégner de leur texte qui défile en bas de l'écran sur une bande blanche. Le directeur de plateau en profite pour donner des indications sur l'humeur du personnage, la situation dans laquelle il se trouve - il dirige les acteurs.

L'écriture du texte sur la bande de papier défilant en bas de l'écran se fait en plusieurs étapes. Il y a d'abord le détecteur, une personne préparant le travail d'adaptation en notant des signes pour chaque mouvement de bouche, chaque respiration, chaque réaction (cri, surprise, rire, pleurs, peur, …) avec le texte en anglais. C'est ensuite au tour l'auteur (ou adaptateur) d'écrire son texte au-dessus ou en-dessous de l'anglais, au crayon à papier. Vient enfin un (qui est souvent une) calligraphe qui recopie au propre la version française sur une autre bande : celle qui est lue par les comédiens.

Viens alors le moment pour eux d'entrer en scène et pour les personnes présentes dans la salle de ne pas faire de bruit. On relance la vidéo, sans son, et les comédiens peuvent interpréter leur rôle : jouer leur texte de façon à ce qu'il corresponde au mouvement des lèvres des acteurs.

La suite dépend de leur prestation. Si tout s'est bien déroulé, la scène est repassée avec les voix françaises déjà enregistrées plus la prestation qui vient d'être réalisée. Le directeur de plateau peut à ce moment-là demander à l'ingénieur du son de décaler le texte pour qu'il corresponde au jeu des acteurs à l'écran. Si le résultat ne lui convient pas, le comédien doit reprendre la scène.

Les comédiens ne jouent jamais à plusieurs, ils enregistrent leur voix séparément. Les premiers à interpréter une scène n'entendent donc pas les répliques des autres personnages quand on repasse la bande. Pour les scènes auxquelles nous avons assistés, elles étaient presque finalisées ce qui nous a permis d'entendre les voix françaises de Richard, Kahlan, Zedd, Chase et d'autres personnages.

Celle de Richard m'allait tout à fait mais elle risque de gêner un peu les fans d'Hayden Christensen, comme ce fut le cas pour Tia qui a vu plusieurs fois les derniers Star Wars. C'est en effet la même personne qui fait les voix de cet acteur et de Craig Horner dans "Legend of the Seeker". Pour le peu qu'on les a entendues, les voix de Chase et de Zedd correspondaient assez bien. Il m'est par contre plus difficile de me prononcer pour celle de Kahlan - je suis trop habitué à la voix de Bridget Regan maintenant.

Après le départ des deux fillettes, ce fut au tour du jeune garçon de se mettre au travail : Tom Trouffier.. On a déjà pu l'entendre en tant que Polochon dans "le secret de la Petite Sirène" et il sera bientôt "Russell" dans le prochain Pixar - "Là-haut" - aux côtés de Charles Aznavour.

Il a déjà du métier et c'est donc avec assurance qu'il s'est avancé jusqu'à l'emplacement de prise de son pour interpréter son premier personnage de la journée : un garçonnet accompagné de sa vache Lenny dans l'une des premières scènes de l'épisode 1 où il y rencontre Richard. Le peu de dialogue et le professionnalisme de Tom font que la scène est vite bouclée, on peut donc passer au gros morceau de la journée.

Tom est en effet venu pour doubler Renn, le télépathe que l'on rencontre dans l'épisode 5 - Listener. Un personnage assez attachant même s'il fait tout pour embêter les deux héros. Le voilà donc partis pour plusieurs heures de travail auxquelles il s'attèle avec toute l'expérience qui est la sienne, réinterprétant le rôle pour le public français. Une courte pause en milieu d'après-midi est tout de même la bienvenue pour se détendre un moment avant de reprendre.

Nous avons été envoutés par son jeu et sa voix, nul doute que ce choix plaira à nombre de téléspectateurs.

17h30, nous profitons d'une courte pause entre deux prises pour dire au revoir à tout le monde et leur souhaiter bon courage pour la suite. Pas que l'on s'ennuie mais nous avons malheureusement un long trajet de retour qui nous attend. C'est un peu à regret mais avec des images plein la tête de cette après-midi de découverte et une invitation à revenir que nous repartons des studios de Dubbing Brother.

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